Archives de Tag: Clandestins

Les fantômes de Calais

Des grues et des immenses conteneurs découpent le paysage. Aux pieds de ces géants de fer, des ombres passent. Ce soir encore, les migrants hanteront le port de Calais. Eux n’ont pas pu rejoindre l’Angleterre. Pas encore. Alors ils se rendent à la distribution mise en place par l’association Salam. Dans la file, quelques bousculades, mais surtout des boutades avec les bénévoles.

Sans un mot, j’observe la scène. Je n’ose pas encore aller vers eux. J’irai les voir après le repas, une fois les estomacs rassasiés et les esprits alertes pour répondre aux questions d’une étudiante en journalisme. Mais très vite, c’est eux qui viennent à moi. « Tu parles Français », me dit l’un d’eux par-dessus mon épaule. Dans la pénombre, je vois à peine son visage. Son Français est très approximatif. Je comprends qu’il est Afghan et âgé d’une vingtaine d’année. Je n’en saurai pas plus, la conversation s’arrête là.

Mais peu importe après tout. Pendant de longues minutes, il reste planter là.. rien qu’à m’observer. Dans son regard, je devine beaucoup plus qu’il ne m’apprendra jamais par la parole. La dureté de celui qui a vu la guerre, la fatigue du migrant après des semaines de voyages, la faim du SDF, la peur du clandestin traqué par la police. Mais aussi, le désir de séduction du jeune homme et la curiosité de l’étranger envers une jeune française. Ses yeux ne m’en diront pas plus ce soir, car ses amis l’appellent. Il doit rentrer avec eux dans unes des nouvelles « jungles » de Calais.

Le lendemain, je retourne à la distribution. De nouvelles têtes ont fait leur apparition dans la file. Ils sont si nombreux que j’ai du mal à retrouver ceux avec qui j’ai parlé la veille. Les bénévoles m’apprennent que certains sont passés en Angleterre. Mais ça n’est pas le cas de Gonoewez, l’Afghan aux yeux qui vous racontent tout. Cette fois encore, c’est lui qui m’a trouvée. Je décide alors d’immortaliser son regard à travers une photo. L.M.

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Le « contrôle de battements de coeur » pour détecter la présence de clandestins

Aujourd’hui à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, les responsables de la Chambre du Commerce et de l’Industrie accueillaient des journalistes sur le chantier du nouveau port, qui doit commencer à accueillir des bateaux fin juin. Lors de la visite, le directeur technique portuaire explique sur un ton tout à fait neutre que « cette esplanade est réservée aux Britanniques pour effectuer leurs contrôles de battements de coeur« .

 Avant d’embarquer sur les ferrys à destination de l’Angleterre, les camions seront strictement inspectés. Le contrôle de battements de coeur fonctionne sur le même mode que le contrôle de CO2 (vu dan le film Welcome). Le chauffeur devra descendre du véhicule et laisser les policiers britanniques placer des capteurs sur le camion qui permettent de détecter les vibrations des battements de coeur d’un éventuel passager…

C.D.

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« Welcome » : pas le bienvenu chez Besson!

Un film peut-il changer la loi? C’est en tout cas ce qu’espère Vincent Lindon, héros du film « Welcome« , consacré à l’immigration clandestine. Dans une interview au Parisien du samedi 7 mars, l’acteur s’est élevé contre un article de loi qui dispose que toute personne venant en aide à une personne en situation irrégulière est passible de 5 ans de prison. Et de souhaiter que son film « puisse contribuer à changer la loi ».

Vincent Lindon incarne dans le film de Philippe Lioret un maître-nageur de la piscine de Calais qui, pour reconquérir sa femme, décide d’aider un jeune réfugié kurde à traverser la Manche à la nage. « Welcome » met le doigt sur la cruelle réalité de l’actuelle politique d’immigration: des clandestins prêts à tout, même à la mort, pour de meilleures conditions de vie; des hommes et des femmes qui dans l’ombre de la loi acceptent de prêter leur canapé le temps d’une nuit…mais qui pour ce seul geste de solidarité peuvent se retrouver derrière les barreaux.

Si le film n’a pas encore réveillé le législateur, il a au moins déclenché un débat ce weekend. Hier, le ministre de l’Immigration Eric Besson a déclaré que Philippe Lioret avait « franchi la ligne jaune » en assimilant, dans une interview à la Voix du Nord, les clandestins aux juifs pourchassés sous l’Occupation. « Suggérer que la police française c’est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu’ils sont l’objet de rafles, etc., c’est insupportable », a-t-il insisté.

Sortie de « l’objet du scandale » : le 11 mars.

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