Un droit mais pas de toit pour les demandeurs d’asile

Alors qu’ils ont droit à un hébergement, les demandeurs d’asile sont de plus en plus nombreux à vivre dans la rue. Une situation d’autant plus critique que le nombre de demandes d’asile a fortement augmenté en 2009.

Cours de français pour étrangers dans le 10e arrondissement de Paris. Parmi la quinzaine d’élèves présents ce matin-là, tous sont demandeurs d’asile, sauf Rachid, qui a déjà obtenu son statut de réfugié. Joëlle, professeur bénévole et membre du collectif des exilés du 10ème, demande qui dans le groupe vit à la rue : les mains de la moitié de l’assistance se lèvent. La plupart d’entre eux ont pourtant une attestation provisoire de séjour et sont donc en situation régulière.

Parmi eux, il y a Hussein et Golab, deux jeunes Afghans. Ils vivent avec des dizaines d’autres exilés, dont des mineurs, sur les quais, près du pont Jaurès. Là se sont formés de petits camps, en  fonction des ethnies, à quelques mètres de distance les uns des autres : le camp des Pachtounes, celui des Hazaras et celui des Tadjiks.

Pourtant, à part ceux soumis à la procédure dite « prioritaire », toute personne qui cherche à obtenir le statut de réfugié en France a droit à un hébergement pendant la totalité de la durée de sa procédure. Seulement voilà, le nombre de demandes d’asile enregistrées en France augmente: 47.600 demandes d’accueil ne peut plus faire face. Actuellement, il y a 20.410 places en centre d’accueil des demandeurs d’asile (C.A.D.A). Au 1er juillet, il y en aura mille de plus. Insuffisant.

« Ceux qui vivent dehors sont quasiment tous des demandeurs d’asile, explique Joëlle, les clandestins dorment en général chez des connaissances ou sont pris en charge par des filières dès leur arrivée ». Golab, jeune Hazara de 25 ans, est arrivé en France en septembre dernier et a tout de suite demandé l’asile. Il a eu son rendez-vous à l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) le 23 décembre dernier, et depuis il attend la réponse. Dehors. Après cinq mois dans un foyer pendant l’hiver, le retour dans la rue est encore plus difficile. Malade depuis longtemps, il dit que ses problèmes psychologiques se sont accrus depuis qu’il est en France. Il prend de l’Alprazolam, un générique du Xanax, pour calmer son anxiété. « Depuis qu’il vit dehors, il a l’air crevé. Une fois il m’a dit qu’il n’avait pas réussi à dormir plusieurs nuits de suite », témoigne Joëlle.

Un bus pour les réfugiés

Pour les exilés, auxquels aucune solution d’hébergement n’a été proposée, ni en C.A.D.A, ni à l’hôtel ou dans un foyer, il ne reste souvent qu’une solution pour passer la nuit à l’abri : monter dans l’un des bus mis à disposition par la RATP et qui les conduira au centre d’accueil de la Boulangerie, près de la porte de Clignancourt. Le bus de 21h est réservé aux Iraniens et aux autres exilés originaires des pays arabes. Dans celui de 20h ne montent que les Afghans. Il y a soixante places dans chaque bus. Ce n’est pas assez pour tous ceux qui se pressent au point de rendez-vous ce soir-là, quai de Valmy. « Pour les Afghans, c’est une nuit dehors, une nuit tu peux monter dans le bus », explique Hussein. Lui peut prendre le bus, il a donné son nom la veille pour réserver sa place. Ce n’est pas le cas de Golab. Une fois que tous les appelés se sont installés dans le bus, une dizaine d’hommes tentent de profiter des dernières places disponibles. En retrait, visiblement découragé, Golab a du mal à se faire entendre. Ce soir, il dormira au bord de la Seine avec un petit groupe d’Hazaras. Dans un français hésitant, le jeune homme soupire: « je pensais que j’aurais une maison, que la vie serait plus facile. Jamais je n’aurais cru que je vivrais dehors ».

Pourtant le manque de places d’hébergement ne peut pas à lui seul expliquer que des centaines d’exilés vivent dans la rue. « En 2004-2005, il y avait plus de demandeurs d’asile qu’aujourd’hui et il manquait déjà des places en C.A.D.A, mais  la crise n’était pas la même. Cela a pris un tour jamais atteint depuis une dizaine de mois », s’emporte Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile. « La conjoncture n’est pas favorable, poursuit-il. Avec la Révision générale des politiques publiques, l’appareil d’Etat maigrit. C’est une période de disette budgétaire ». Au manque de moyens,  s’ajoute une durée de procédure trop longue, vingt-et-un mois en moyenne. « Du coup, il y a très peu de turn-over dans les C.A.D.A », conclut Pierre Henry. D’autant que l’OFPRA, qui décide en première instance, rejette la majorité des demandes, obligeant les migrants à faire un recours et à patienter encore.  En fait, plus de la moitié des statuts de réfugiés accordés le sont par la Cour nationale du droit d’asile, en appel. « Peut-être faudrait-il revoir le fonctionnement de l’OFPRA…», suggère le directeur général de FTA.

Et même pour ceux qui obtiennent finalement l’asile, la vie n’est pas toujours plus facile. « Tout réfugié statutaire devient comme tout immigré de droit commun, avec un droit à l’hébergement, au RSA…, mais avec des difficultés supplémentaires pour l’accès au logement et l’accès au travail », reconnaît Aïda, qui a travaillé dans un C.A.D.A. pendant un an et demi. Des difficultés liées au manque d’information et à la barrière de la langue pour les personnes les plus isolées. Rachid, Afghan lui aussi, a obtenu son statut en décembre pendant qu’il était en centre de rétention. Il n’a jamais été hébergé avant et n’a jamais bénéficié du suivi d’une association. Depuis cinq mois, il vit dehors. Récemment, France Terre d’asile a fait une demande de RSA pour lui. Son seul revenu pour l’instant.

Claire Debuyser

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Classé dans politique d'immigration

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