KFC: des papiers à emporter

En grève pendant plus d’une semaine pour obtenir leur régularisation, les employés sans-papiers de la chaîne KFC ont réussi à arracher un accord de soutien à la direction du groupe. Grâce à ce succès et à la jurisprudence qui existe, les sans-papiers seront de plus en plus nombreux à revendiquer leurs droits.

La main tendue vers le ciel, un tract serré dans la paume, Salif* va à la rencontre des passants du quartier des Halles à Paris. Brassard CGT sur le bras, il encourage à signer la pétition de soutien à la régularisation des employés sans-papiers de la chaîne de restauration rapide Kentucky Fried Chicken (KFC). Ils sont une trentaine à être sortis de leur silence pour réclamer une régularisation. Une trentaine de salariés sans-papiers qui occupent le KFC des Halles depuis lundi.

Payé au noir depuis 8 ans

« On s’est mis en grève pour enfin obtenir des papiers et travailler dans de vraies conditions. Cela fait plus de 8 ans que je travaille au KFC et que je suis payé au noir » se révolte Dramane, un jeune Malien de 28 ans venu du restaurant de Château-Rouge pour manifester. « On ne comprend pas car la direction a accepté de nous aider dans un premier temps puis a finalement refusé. On est toujours en discussion et on ne partira pas tant que l’on n’aura pas de résultat positif » détaille d’un air déterminé, Jimmy*, Malien lui aussi, et délégué syndical CGT depuis 1 an et demi.

Malgré la pluie qui s’abat sur Paris, le piquet de grève empêche les clients d’entrer. Peu de passants s’arrêtent. La pétition n’a recueilli que 900 signatures en une semaine. Ceux qui viennent soutenir le mouvement sont déjà convaincus. « Le mouvement pour la régularisation des sans-papiers est pourtant populaire. Ca prend du temps mais en règle générale, tout le monde est régularisé » explique confiant, Christian, un militant CGT rompu aux revendications de régularisations. « Ca a fonctionné dans la chaîne de restauration Chez Papa, chez Buffalo Grill, il n’y a pas de raison pour que ça ne marche pas ici ».

« La liste pour les régularisations reste ouverte »

D’après la CGT et l’association Droits Devant, plus de 1200 salariés ont été régularisés depuis l’année dernière. La grève est une méthode qui fonctionne. Mais l’attente est longue. « Je suis venu en France en 2003. Depuis je suis obligé de travailler avec des faux papiers mais j’ai peur ». Peur de la police, peur des contrôles, peur des charters. Seydou* est un des derniers à avoir rejoint le mouvement. Il n’osait pas se montrer. La police est venue un matin mais est finalement repartie après une discussion avec les syndicats. L’ancien agriculteur malien est soulagé mais reste inquiet. « J’espère qu’on sera régularisé » lâche-t-il d’un air anxieux.

Jeudi soir, le groupe Yum, propriétaire de l’enseigne, s’est finalement engagé à soutenir les demandes de régularisations. Un soulagement. « Ils vont faire du cas par cas » explique Dramane. Une seule incertitude persiste. Les demandes concernent 38 personnes selon la direction. « Cela concerne en fait 43 salariés » détaille Ait Idir, responsable CGT. « Mais on s’est mis d’accord avec la direction pour que la liste reste ouverte ». Un succès qui ouvre plus largement la liste des régularisations. Un message à tous les employés sans-papiers de France.

Benoît Puichaud

*Les prénoms ont été modifiés.

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