Archives mensuelles : mars 2009

Besson et Darcos renoncent à inaugurer la médiathèque de la Cité de l’immigration

Eric Besson, ministre de l’Immigration et de l’identité nationale et Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, n’ont pas pu inaugurer la médiathèque de la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration, ce lundi matin à Paris. Les deux ministres ont d’abord hésité, puis renoncé à prendre la parole en raison de manifestations hostiles aux expulsions et à la politique de l’immigration du gouvernement.

Des étudiants et des intermittents du spectacle, qui figuraient sur la listes des invités, ont empêché en effet par leurs cris les discours des deux ministres.

La Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration, installée sur le site du Palais de la Porte Dorée, construit à l’occasion de l’exposition coloniale de 1931, avait ouvert discrètement ses portes en octobre 2007. Cette inauguration était intervenue en pleine polémique sur le projet de loi de Brice Hortefeux sur la maîtrise de l’immigration. Au moment de la création, au printemps précédent, du ministère de l’Immigration, huit universitaires avaient démissionné des instances officielles de la Cité pour protester contre l’instauration d’un ministère de «l’immigration et de l’identité nationale».

L’idée de faire un musée de l’immigration avait été lancée il y a une quinzaine d’années par quelques historiens avant d’être sérieusement envisagée par Lionel Jospin, alors Premier ministre puis inscrite dans le programme du candidat Chirac en 2002. Celui-ci en avait confié la réalisation à l’un des ses proches, ancien ministre de la Culture, Jacques Toubon.

C.D.

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KFC: des papiers à emporter

En grève pendant plus d’une semaine pour obtenir leur régularisation, les employés sans-papiers de la chaîne KFC ont réussi à arracher un accord de soutien à la direction du groupe. Grâce à ce succès et à la jurisprudence qui existe, les sans-papiers seront de plus en plus nombreux à revendiquer leurs droits.

La main tendue vers le ciel, un tract serré dans la paume, Salif* va à la rencontre des passants du quartier des Halles à Paris. Brassard CGT sur le bras, il encourage à signer la pétition de soutien à la régularisation des employés sans-papiers de la chaîne de restauration rapide Kentucky Fried Chicken (KFC). Ils sont une trentaine à être sortis de leur silence pour réclamer une régularisation. Une trentaine de salariés sans-papiers qui occupent le KFC des Halles depuis lundi.

Payé au noir depuis 8 ans

« On s’est mis en grève pour enfin obtenir des papiers et travailler dans de vraies conditions. Cela fait plus de 8 ans que je travaille au KFC et que je suis payé au noir » se révolte Dramane, un jeune Malien de 28 ans venu du restaurant de Château-Rouge pour manifester. « On ne comprend pas car la direction a accepté de nous aider dans un premier temps puis a finalement refusé. On est toujours en discussion et on ne partira pas tant que l’on n’aura pas de résultat positif » détaille d’un air déterminé, Jimmy*, Malien lui aussi, et délégué syndical CGT depuis 1 an et demi.

Malgré la pluie qui s’abat sur Paris, le piquet de grève empêche les clients d’entrer. Peu de passants s’arrêtent. La pétition n’a recueilli que 900 signatures en une semaine. Ceux qui viennent soutenir le mouvement sont déjà convaincus. « Le mouvement pour la régularisation des sans-papiers est pourtant populaire. Ca prend du temps mais en règle générale, tout le monde est régularisé » explique confiant, Christian, un militant CGT rompu aux revendications de régularisations. « Ca a fonctionné dans la chaîne de restauration Chez Papa, chez Buffalo Grill, il n’y a pas de raison pour que ça ne marche pas ici ».

« La liste pour les régularisations reste ouverte »

D’après la CGT et l’association Droits Devant, plus de 1200 salariés ont été régularisés depuis l’année dernière. La grève est une méthode qui fonctionne. Mais l’attente est longue. « Je suis venu en France en 2003. Depuis je suis obligé de travailler avec des faux papiers mais j’ai peur ». Peur de la police, peur des contrôles, peur des charters. Seydou* est un des derniers à avoir rejoint le mouvement. Il n’osait pas se montrer. La police est venue un matin mais est finalement repartie après une discussion avec les syndicats. L’ancien agriculteur malien est soulagé mais reste inquiet. « J’espère qu’on sera régularisé » lâche-t-il d’un air anxieux.

Jeudi soir, le groupe Yum, propriétaire de l’enseigne, s’est finalement engagé à soutenir les demandes de régularisations. Un soulagement. « Ils vont faire du cas par cas » explique Dramane. Une seule incertitude persiste. Les demandes concernent 38 personnes selon la direction. « Cela concerne en fait 43 salariés » détaille Ait Idir, responsable CGT. « Mais on s’est mis d’accord avec la direction pour que la liste reste ouverte ». Un succès qui ouvre plus largement la liste des régularisations. Un message à tous les employés sans-papiers de France.

Benoît Puichaud

*Les prénoms ont été modifiés.

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Première escale sénégalaise pour Eric Besson

Eric Besson est attendu ce soir à Dakar pour faire le point sur la politique d’immigration française. Pour cette première visite en terre africaine,  comment le ministre de l’Immigration va-t-il être accueilli ? Destins d’immigrés a interrogé des journalistes sénégalais pour faire le point sur cette visite…

« Tout ce qui touche aux relations bilatérales franco-sénégalaises nous intéressent forcément, surtout quand il s’agit d’aborder la question, très sensible, de l’immigration », explique Serigne Saliou Samb, rédacteur en chef du quotidien L’Observateur.  

Le Sénégal est le premier pays africain à avoir signé en 2006 (puis une version complétée en 2008) des « accords de gestion concertée des flux migratoires« . Ces accords visent à déterminer un quotas de titres de séjours et de travail pour les ressortissants de pays africains en échange d’une coopération élargie pour le retour des sans-papiers expulsés de France.

Une politique de donnant-donnant en apparence. Mais avec des programmes d’aide au développement de plusieurs milliards d’euros dans la balance, beaucoup ont le sentiment que Dakar a dû se plier aux exigences des autorités françaises. « Nos dirigeants ont pris l’habitude de signer des accords en catimini et de ne pas s’en expliquer devant le peuple », analyse Serigne Saliou Samb.

Signé par sept autres Etats, (Gabon, République du Congo, Bénin, Cap Vert, Burkina Faso, Tunisie, Maurice), l’accord de gestion concertée n’est pourtant pas en vigueur, sauf au Gabon. Dans un entretien au quotidien Le Soleil, le ministre de l’Immigration indique que l’accord bilatéral avec le Sénégal est « actuellement en cours d’examen au Parlement français et devrait être ratifié avant la fin du printemps 2009 ».

En France comme au Sénégal, cette politique d’immigration choisie continue de faire des vagues. Initialement destinées à enrayer l’immigration clandestine, les mesures du gourvenement français ne semblent pas porter leurs fruits. « Chaque jour, il y a des nouvelles embarcations » souligne Serigne Saliou Samb. « Ils partent en France pour survivre, pour rechercher du travail » analyse Alassane Samba Diop, rédacteur en chef de la radio RFM. Il pointe la responsabilité des dirigeants africains n’ont pas mis en oeuvre de véritables politiques de l’emploi.

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Les sans papiers ont défilé le 19 mars à Paris

Lors de la grande journée de mobilisation interprofessionnelle du jeudi 19 mars, les sans-papiers ont aussi pris part au cortège parisien sous la banderole du Collectif des sans-papiers du 75.

Taleb, sans-papier, travaille comme aide à la personne 46 heures par semaine. Elle appartient à l’association « Droits devant! »: « On est là en soutien au mouvement social avec tous les Français. Nous demandons la régularisation massive de tous les sans-papiers. Nous n’avons pas de droits alors que la France a besoin de notre travail« .

Le Collectif représentait environ 1300 sans-papiers, qui occupent toujours la Bourse du travail. « Une partie vient manifester et une autre partie reste à la Bourse pour pas que la police ferme pendant qu’on n’est pas là« , dit Drame L.

Les sans-papiers n’étaient pas seuls. Des militants de Réseau Education Sans Frontières étaient présents aussi. « RESF est là car nous rejoignons, au sens politique, les mots d’ordre de cette journée de manifestation. Les sans-papiers qui sont au bout de la chaîne sont le symbole de la précarité ambiante aujourd’hui dans ce pays« , explique Huguette Cardelier, membre de RESF.

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Le président de Salam soutient le réalisateur de « Welcome »

La polémique autour du film « Welcome », née entre le réalisateur Philippe Lioret et le ministre de l’Immigration Eric Besson, ne s’éteint pas. Dans une interview accordée à l’AFP, Jean-Claude Lenoir, président de l’association Salam, qui vient en aide aux migrants à Calais (Pas-de-Calais), accuse le ministre de l’Immigration de « polémiquer » pour « salir » le film de Philippe Lioret, qui est sorti mercredi dernier.

« Besson est très fort, il polémique pour détourner l’attention. Il a voulu salir le film en déformant les mots de Philippe Lioret. On verra dans un siècle comment seront jugés les gazages, les matraquages quotidiens, par la société et les historiens. Il n’est pas question de comparer les Juifs et la Shoah avec la situation des migrants de Calais. Par contre, traquer les bénévoles, la dénonciation, les indics, c’est un système qu’on ne devrait plus voir. Ces mécanismes peuvent rappeler de troubles périodes, mais il ne faut pas en rajouter« , a déclaré le bénévole associatif.

L’engagement militant de Jean-Claude Lenoir, co-fondateur de Salam, lui a déjà valu trois procès. Pourtant il existe une forme de tolérance à Calais vis-à-vis de ceux qui viennent en aide aux migrants. Certains préféreront peut-être parler d’hypocrisie. Lundi dernier, Jean-Claude Lenoir témoignait dans Le Monde: « A gauche comme à droite, ils sont d’accord sur ce point : le plus important c’est que cela ne se voit pas« .

Claire Debuyser

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« Welcome » : pas le bienvenu chez Besson!

Un film peut-il changer la loi? C’est en tout cas ce qu’espère Vincent Lindon, héros du film « Welcome« , consacré à l’immigration clandestine. Dans une interview au Parisien du samedi 7 mars, l’acteur s’est élevé contre un article de loi qui dispose que toute personne venant en aide à une personne en situation irrégulière est passible de 5 ans de prison. Et de souhaiter que son film « puisse contribuer à changer la loi ».

Vincent Lindon incarne dans le film de Philippe Lioret un maître-nageur de la piscine de Calais qui, pour reconquérir sa femme, décide d’aider un jeune réfugié kurde à traverser la Manche à la nage. « Welcome » met le doigt sur la cruelle réalité de l’actuelle politique d’immigration: des clandestins prêts à tout, même à la mort, pour de meilleures conditions de vie; des hommes et des femmes qui dans l’ombre de la loi acceptent de prêter leur canapé le temps d’une nuit…mais qui pour ce seul geste de solidarité peuvent se retrouver derrière les barreaux.

Si le film n’a pas encore réveillé le législateur, il a au moins déclenché un débat ce weekend. Hier, le ministre de l’Immigration Eric Besson a déclaré que Philippe Lioret avait « franchi la ligne jaune » en assimilant, dans une interview à la Voix du Nord, les clandestins aux juifs pourchassés sous l’Occupation. « Suggérer que la police française c’est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu’ils sont l’objet de rafles, etc., c’est insupportable », a-t-il insisté.

Sortie de « l’objet du scandale » : le 11 mars.

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Un philosophe devant la justice

Le philosophe Pierre Lauret doit comparaître aujourd’hui devant le Tribunal de Grande Instance de Bobigny pour « opposition à une mesure de reconduite à la frontière et entrave à la circulation d’un aéronef ».

Le 16 décembre dernier, le directeur de programme au collège international de philosophie, était débarqué du vol Paris -Kinshasa d’Air France pour avoir posé trop de questions aux policiers de la Police aux frontières. Lors du vol retour, ses deux collègues, Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusse, ont été arrêtés à Roissy.

Alors que le collectif anti-expulsions d’Ile-de-France a publié en 2000 (mise à jour en 2003) un guide pratique d’intervention dans les aéroports;  la PAF distribue aux passagers qui voyagent sur un vol servant à une expulsion, une notice les informant des risques encourus s’ils manifestent leur solidarité avec l’expulsé : deux mois de prison et 7 500 euros pour incitation à la rébellion, cinq ans de prison et 18 000 euros pour incitation à faire débarquer l’escorte policière et l’étranger reconduit. Dans la réalité, la majorité des personnes reconnues coupables n’écopent que de peines symboliques.

D’après Amnesty International, « ces réactions de solidarité ou d’indignation parmi les passagers » sont de plus en plus communes. Le 19 février, André Barthélemy, président de l’ONG Agir ensemble pour les droits de l’homme, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour les mêmes chefs d’accusation. Le jugement sera rendu le 19 mars.

Claire Debuyser

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