Les étrangers de France et d’Allemagne s’exposent à la Cité de l’immigration

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Racisme, mauvaises plaisanteries sur leurs habitudes, regards suspicieux…Quelle que soient les époques, les immigrés ont toujours disposé d’un statut d’exception dans la société. En comparant les histoires allemande et française, l’exposition « A chacun ses étrangers ? » à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration engage habilement cette réflexion sur l’Autre.

 

Un Autre qui suscite la méfiance. Ca commence par des caricatures dans des journaux populaires : le Juif au long nez qui veut prendre votre argent ou la « tsigane qui attaque une fermière » dans Le Petit Journal en 1905. Puis, c’est l’Etat qui s’en mêle. Soit il contrôle : là où l’Allemagne adopte un principe de la nationalité fondé sur le critère ethnique, la France choisit en 1912 d’identifier les nomades en rendant obligatoire le carnet anthropométrique. Soit il exclut : dès 1883, l’Etat allemand interdit aux « gitans étrangers » de séjourner sur son territoire. L’extrême est atteint sous l’Allemagne nazie avec la déportation et l’extermination des Juifs.

 

Ces pratiques ont contribué à figer les représentations dans le temps. Depuis les années 1980, les manifestations d’antisémitisme ont repris. De même, l’image du tirailleur sénégalais sur les boîtes de Banania, est resté comme le symbole de la France coloniale. Ces immigrés, dont près de 480 000 coloniaux qui ont servi l’armée française, on en a un peu trop vite oublié l’importance. Ainsi du groupe Manouchian, des combattants étrangers de la résistance communistes qui furent exécutés par le régime de Vichy en 1944.

 

Pourtant il arrive que l’image stéréotypée de l’étranger change au fil du temps. Dans les années 1880, la presse populaire comme L’Assiette au beurre caricaturait volontiers « l’ennemi anglais » : un regard narquois, un nez épaté et la pipe en bouche masquée par de longues moustaches noires, l’Anglais est présenté en costume traditionnel à carreaux. Et puis patatras. C’est la guerre. Le voisin d’outre-manche devient soudain « l’allié courageux ». Fort et vigoureux.

 

Anglais, Italiens, Belges, Polonais et Juifs auparavant, les étrangers d’aujourd’hui sont Arabes et Africains. Bien utiles quand le pays manque de main-d’œuvre, à l’image de Armando Rodrigues de Sà, le millionième « travailleur invité » (Gastarbeiter) accueilli dans les années 1960 en Allemagne avec une mobylette en cadeau de bienvenue. Mais l’immigré est aussi très vite dénigré et stigmatisé. Quand c’est la crise, c’est pire : l’étranger dérange. Alors on lui demande poliment de s’en aller comme l’a fait Valéry Giscard d’Estaing à partir de 1977 en tentant une politique de retour au pays.

 

Au final, l’exposition renvoie les sociétés allemande et française face à leurs contradictions. Malgré la valorisation de la France black-blanc-beur de 1998 ou de l’Allemagne multiculturelle, les stéréotypes refont surface avec les attentats du 11 septembre comme le montrent les Unes du Nouvel Obs, du Point et du Spiegel. Toutes reprennent l’association « immigré-islamiste-terroriste-banlieue ». Un exemple qui nous montre tout le chemin qui reste à parcourir. Pour que les sociétés occidentales se regardent enfin dans le miroir…et s’acceptent comme elles sont.

 

L.M.

Pratique. « A chacun ses étrangers ? France-Allemagne de 1871 à aujourd’hui » à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, jusqu’au 19 avril 2009. Métro Porte Dorée. Tarif plein : 5 euros. Tarif réduit : 3,50 euros.

http://www.histoire-immigration.fr/index.php?lg=fr&nav=591

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