18 novembre 2009

Dépasser les clichés dans les médias

  Immigrés=banlieues=violence, c’est une des équations récurrentes dans les médias depuis les années 1980.  Alors, comment changer les représentations que  les journaux donnent des immigrés? Comment couvrir l’immigration sans tomber dans les clichés? Ces questions étaient au coeur des débats de la conférence “Covering Immigration” organisée par la French-American Foundation ce week-end à Paris.

“Aux Etats-Unis, les questions d’immigration et d’intégration sont entendues comme faisant partie d’un processus. En France, c’est une perspective totalement différente. On traite l’immigration en termes de citoyenneté et d’identité nationale”, analyse Susan Sachs, correspondante pour le quotidien canadien The Globe&Mail et professeur à Sciences Po Paris.

Il suffit d’ouvrir les pages des journaux, pour constater que l’immigration est souvent traitée en France comme un problème. Résultat: on se concentre sur des questions symboliques comme le sentiment d’être Français, ou encore la part de travailleurs sans-papiers.  Et on oublie de parler des autres : l’écrasante majorité des immigrés arrivés légalement sur le territoire. Ainsi, on ne traite jamais des avantages économiques et culturels que l’immigration peut apporter au pays d’acceuil.

Une des pistes pour expliquer cette différence de traitement réside peut-être dans les méthodes de travail des journalistes.

  •  Comme la plupart de ses confrères nord-américains, Susan Sachs fait appel à des “fixeurs” de la communauté étrangère. Journalistes du Bondy Blog et membres du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) lui ont par exemple déjà servi de guides pour ses reportages en banlieues.

 

  • Côté Français, on se refuse à utiliser des intermédiaires. Cécilia Garzon, journaliste au Figaro, se rend en banlieue toute seule…mais discrètement. La première fois qu’elle a dû entrer dans la Cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois, elle s’est fait passer pour “une étudiante brésilienne qui préparait un livre sur la banlieue”. Elle justifie son mensonge par la mauvaise image des journalistes dans les banlieues:

 ” Il y a tellement d’agressivité envers que les médias que ça devient très dur de travailler là-bas, il faut sans arrêt entrer dans un travail d’explication avec les gens. Si j’avais été d’un journal de gauche, ça aurait été exactement la même chose.”

S’il est sincère et courageux, son témoignage pose néanmoins quelques questions. “Ca n’est pas éthique!”, ont lancé certains confrères lors de la conférence.

  • Alors, des deux méthodes, la nord-américaine est-elle celle que l’on doit préférer? Peut-être. Certes, les “intermédiaires” ont toujours un certain point de vue sur la réalité, ils montrent au journaliste ce qu’ils ont envie de lui faire voir. Mais, comme le souligne Susan Sachs, si le  journaliste en est conscient et qu’il croise ses sources, alors la déontologie sera respectée.

Lydie Marlin

12 novembre 2009

Le festival migrant’scène: deux semaines pour échanger sur les migrations

Le festival Migrant’scène de la Cimade débutera samedi 14 novembre. Pendant deux semaines, l’association propose des “regards croisés sur les migrations” à travers des témoignages, des conférences, du théâtre, de la danse…

Ce festival existe depuis dix  ans dans la région Sud-Ouest et depuis quatre ans en Ile-de-France. Il est désormais national, et si le programme se veut cohérent, chaque région aborde des thématiques qui la concernent plus directement. Ainsi l’Ile-de-France, région qui accueille le plus de réfugiés politiques, consacrera une large place au droit d’asile.

C.D.

12 novembre 2009

Régularisation des travailleurs: Delanoë écrit à Fillon

Bertrand Delanoë, le maire de Paris (PS), a écrit mardi au Premier ministre François Fillon, pour lui demander d’“assouplir les conditions de régularisation des travailleurs sans-papiers”, dont 5000, selon lui, sont en grève dans la capitale.

7 novembre 2009

Travailleuses et mamans sans-papiers

Depuis trois semaines, les piquets de grève des travailleurs sans-papiers se multiplient en Ile-de-France. On estime le nombre de grévistes à 4 600. Parmi-eux, de nouveaux visages, ceux des femmes. Reportage de Lydie Marlin et Maïla Mendy.

1 novembre 2009

L’ immigration, une chance pour le développement des pays du Nord

L’immigration est souvent perçue en France comme un problème. Les immigrés manquent d’intégration plaident certains, il n’y a pas assez de travail pour tous et on ne peut pas accueillir toute la misère du monde diront d’autres. Les politiques répressives du gouvernement incitent d’ailleurs à penser en ce sens. « La France cible des passeurs », répète à l’envi Eric Besson pour justifier le renvoi des migrants afghans dans leur pays en guerre. Le discours est si bien rodé que nos oreilles ne font même plus la différence entre clandestins, demandeurs d’asile, réfugiés et immigrés. Le cliché d’une « invasion » est bien tenace. 

Des idées reçues que tente de déconstruire le Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) les Nations-Unies dans son rapport 2009 intitulé « Lever les barrières : mobilité et développement humains ».

 Il montre d’abord que les migrations Sud-Nord sont minoritaires. Si chaque année, « plus de 5 millions de personnes franchissent des frontières internationales pour aller vivre dans un pays développé, ils sont bien davantage à migrer vers un pays en développement ou à se déplacer dans leur propre pays ».

 La migration profite même au pays d’accueil. « Il n’existe aucune preuve d’impacts négatifs de l’immigration sur l’économie, le marché du travail ou le budget, alors que les bénéfices ne sont plus à démontrer dans des domaines comme la diversité sociale et la capacité d’innovation. ». L’immigration, affirme le rapport, accroît l’emploi, et à court terme, la croissance démographique augmente le PIB réel par habitant. Elle sera même nécessaire sous l’effet du vieillissement démographique : la population en âge de travailler va fondre de 23% entre 2010 et 2050 en Europe.

 Voilà des arguments de poids pour faire évoluer les consciences et peut-être un jour, espérons-le, changer les politiques anti-migratoires.

L.M. (avec Le Monde)

17 octobre 2009

José Chidlovsky entendu par la police pour son soutien à une sans-papiers

Faire un documentaire sur les sans-papiers en France c’est permis, mais à condition de ne pas trop s’impliquer… José Chidlovsky co-réalise avec Rabeha El Bouhati un documentaire sur les personnes en situation illégale en région parisienne et à Toulouse.  Dans le cadre de ce travail, il rencontre S.F., une jeune Algérienne qui s’était vue notifier une obligation de quitter le territoire français et vit depuis dans la clandestinité. Le réalisateur fait aujourd’hui l’objet d’une procédure judiciaire en qualité d’”aidant” pour l’avoir hébergée. Il a été entendu, lundi 5 octobre, par la police des frontières à Toulouse. Le procureur de la République doit décider de son éventuelle inculpation. S’il est poursuivi, il risque 5 ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Au printemps dernier,  l’Assemblée nationale avait refusé de modifier l’article 622-1 du code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile. A cette époque, Eric Besson, ministre de l’Immigration, avait affirmé que cet article ne concernait que les passeurs et que le “délit de solidarité” n’existait pas en France.

C.D.

Une pétition en faveur du réalisateur est en ligne sur le site du comité de soutien aux philosophes.

29 juillet 2009

Cercle du silence: la mobilisation continue à Roubaix pendant l’été

Comme chaque dernier mardi du mois, militants et citoyens se sont rejoints hier sur la Grand’Place de Roubaix pour former un cercle du silence. Depuis plus d’un an, ils dénoncent les conditions d’enfermement des étrangers dans les centres de rétention.

cercle du silence à Roubaix, mardi 28 juillet

cercle du silence à Roubaix, mardi 28 juillet

Le cercle du silence est un mode de protestation initié en octobre 2007 par les frères franciscains à Toulouse pour dénoncer l’enfermement des étrangers en situation irrégulière dans les centres de rétention. Par leur action, ils entendaient saluer les associations de terrain et, surtout, lancer un appel pour qu’émergent des solutions plus respectueuses de l’être humain que ces centres. Depuis, ce mode de protestation a été repris par des militants de la cause des sans-papiers et des cercles du silence sont régulièrement organisés dans quatre-vingt villes de France.

cercles de silence organisés en France

cercles de silence organisés en France

A Roubaix, l’initiative est portée depuis un peu plus d’un an par la Pastorale des migrants, un «service de l’Eglise qui essaye de veiller au bien-être de tous les citoyens dans la société, sur la base de l’accueil», explique le père Gérard De Riemaecker.

Une trentaine de personnes – principalement des militants, mais aussi des citoyens qui veulent apporter un soutien ponctuel aux sans-papiers – se sont réunies comme chaque dernier mardi du mois, dans le silence, de 18h30 à 19h30. Un peu moins que d’habitude pour cause de vacances d’été. ” C’est une façon de protester contre les conditions d’enfermement et d’éloignement” , répond Immaculée, salariée au Secours catholique et militante, à deux passantes curieuses. A l’origine, c’est un cercle de prière mais pas seulement, “pour la simple et bonne raison que toutes les personnes présentes ne sont pas croyantes. La symbolique qu’on partage c’est le silence”, poursuit Immaculée.

L'abbé Gérard De Riemaecker explique la démarche à une passante
L’abbé Gérard De Riemaecker explique la démarche à une passante

La mobilisation n’a pas vocation à s’arrêter tout de suite. L’abbé Gérard De Riemaecker est catégorique: “Tant que les choses ne bougeront pas, ça ne s’arrêtera pas“.

Claire Debuyser

3 juillet 2009

Le “paquet sécurité” adopté par le sénat italien: une loi discriminatoire?

Le Sénat italien a adopté hier ( jeudi 2 juillet) un “paquet sécurité“ , qui crée notamment un délit d’immigration clandestine puni d’une amende de 5 000 à 10 000 euros, assortie d’une expulsion immédiate.

Le 29 juin, Amnesty International publiait un billet sur son site enjoignant le Sénat à rejeter le projet de loi: 

Ce projet de loi, dit « paquet sécurité », qui a été approuvé par la Chambre des députés le 14 mai 2009, contient des dispositions qui limiteraient fortement les droits des migrants et des demandeurs d’asile et en introduit d’autres qui semblent discriminatoires et risquent d’affecter de manière disproportionnée les Roms et les Sintis”.

 

Amnesty International est particulièrement préoccupée par les dispositions du projet de loi qui :

  • érigent en délit l’immigration clandestine ;
  • privent de droits des personnes vulnérables au motif qu’elles n’ont pas de titre de séjour régulier ou ne figurent pas sur certains registres ;
  • permettent la constitution de groupes de citoyens autorisés par les mairies à effectuer des rondes.

Selon l’ONG, le délit d’immigration clandestine oblige les fonctionnaires et autres personnes chargées d’un service public (médecins, enseignants et employés municipaux) à dénoncer les migrants clandestins à la police, faute de quoi ils s’exposeront à des poursuites pénales.

Par ailleurs, la loi rend obligatoire la présentation du permis de séjour ou du passeport pour déclarer la naissance d’un enfant. Le séjour des clandestins dans les centres de rétention pourra être prolongé jusqu’à six mois (deux mois actuellement), afin de permettre leur identification en vue de leur expulsion.

Amnesty International dénonce la disposition du projet de loi relative au séjour et à l’enregistrement:

“Toutes les personnes sans domicile fixe, de même que celles vivant dans des habitations délabrées ou dans des caravanes, seront rayées des registres des habitants des communes. Or, toute personne, pour avoir accès aux services de santé, d’aide sociale, d’éducation et de logement social à l’endroit où elle vit, doit être inscrite sur de tels registres. Les habitations délabrées hébergeant majoritairement des immigrés clandestins et les caravanes des Roms et des Sintis, la mise en œuvre de la loi risque d’entraîner une discrimination indirecte”.

Enfin, le projet légalise les rondes citoyennes voulues par le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord, principal allié de M. Berlusconi. L’ONG craint la “constitution de milices d’auto-défense“.

La loi adoptée hier par le sénat risque d’être dicriminatoire et de porter atteinte aux droits fondamentaux de certaines catégories de population.  Si bien que la Commission européenne a annoncé qu’elle souhaitait examiner les mesures de ce  ”paquet sécurité” (lemonde.fr). Jacques Barrot, commissaire à la justice, veut vérifier leur “compatibilité” avec le droit communautaire, avertissant que “des règles d’expulsion automatique pour des catégories entières ne sont pas acceptables”.

C.D.

 

 

23 juin 2009

Et on dit que le délit de solidarité n’existe pas en France?

Jean-Claude Lenoir, vice-président de l’association Salam, qui aide les migrants à Calais, comparaissait  devant le tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer ce matin, pour “outrage à dépositaire de la force publique“. Il est accusé d’avoir insulté des policiers qui procédaient à l’arrestation de réfugiés dans la “jungle” (aux abords de Calais) le 7 novembre dernier, ce qu’il nie. Ce n’est pas la première fois que ce militant se retrouve devant la justice.

Je vous invite à lire l’article de Libération Migrants à Calais: un bénévole en procès.

C.D.

21 juin 2009

No comment

Voici une vidéo édifiante sur une expulsion tournée à l’aéroport de Madrid en caméra amateur que j’ai découvert sur le site LaTéléLibre.fr. La séquence est longue, mais les réactions sont très intéressantes à écouter jusqu’au bout. Difficile en effet pour les passagers de rester indifférents à une telle situation. Je n’en dis pas plus.

Cette vidéo a été tournée à la volée par Lamine Mbengue, un réalisateur-comédien-chanteur franco-sénégalais que Citizen Nantes a pu interviewer.

L.M.