31 janvier 2010

No Border déménage, les mineurs de nouveau à la rue

L’appartement loué par No Border (un réseau international de lutte pour la liberté de circulation) à Calais s’est vidé aujourd’hui. No Border déménage. Le propriétaire des lieux n’a pas souhaité renouveler le bail qui arrivait à son terme. Depuis le début du mois de décembre, le mouvement hébergeait  des migrants mineurs, âgés souvent d’une quinzaine d’années et originaires pour la plupart d’Afghanistan. Pour l’instant, aucune solution n’est prévue pour eux.

Certes, en tant que mineurs, ils peuvent prétendre à une place en foyer. Mais être séparés les uns des autres, dans une autre ville que Calais – ce qui les éloignerait de leur but final, l’Angleterre- ne les intéresse pas.

Dans le cadre du plan grand froid, la salle du BCMO sera ouverte ce soir pour les migrants qui souhaitent y dormir. Mais pour combien de temps encore? Difficile de savoir, le BCMO referme ses portes à chaque fois que les températures remontent de quelques degrés.

Bien sûr, les No Border, aidés par d’autres militants sur Calais, ont pensé à la suite. Grâce à un partenariat avec l’association Sôs soutien aux sans-papiers, ils vont louer un autre lieu, le Hangar Kronstadt, situé non loin du lieu de distribution des repas, sur le port. Mais cet espace ne devrait pas être dédié spécifiquement aux mineurs comme c’était le cas auparavant et le projet est encore flou. D’autant que les autorités ne manqueront certainement pas de réagir face à ce que certains médias appellent déjà  »un nouveau Sangatte ». 

En attendant, la dizaine de jeunes encore présents dans l’appartement des No Borders ce matin, regardaient des clips sur Internet ou jouaient au foot. Des activités de leur âge, tout simplement.

Claire Debuyser

24 janvier 2010

A Calais, le répit n’est pas permis

Mardi dernier, la préfecture du Pas-de-Calais a annoncé la fin du plan grand froid à Calais, synonyme de fermeture du local du BCMO où dormaient environ 200 migrants (principalement des Afghans, des Irakiens et des Kurdes). Le soir même, l’association Salam a distribué des tentes, offrant ainsi un abri sommaire aux migrants. Un certain nombre d’entre eux a choisi de s’installer devant le BCMO, en signe de protestation contre la fermeture de la salle et mais aussi par désarroi. La police ne l’a pas entendu de cette oreille, et a demandé aux migrants de ne pas rester en centre-ville, mais de retourner à la « jungle », contre l’assurance de les laisser tranquilles pour la nuit.

Un répit de courte durée, puisque la police est venue les déloger au petit matin et a emporté des tentes. Depuis plusieurs jours le même scénario se répète, obligeant des bénévoles de Salam à aller récupérer les toiles presque chaque jour au commissariat, voire même parfois, à la déchetterie.

Si les températures sont légèrement remontées au-dessus de zéro la semaine dernière, le froid persiste et la pluie mouille toutes les affaires des migrants. Samedi 23 janvier, Médecins du Monde a distribué 196 sacs de couchage et des bâches plastique pour isoler du sol.

Installation... Samedi 23 janvier, l'association Médecins du Monde a distribué des sacs de couchage aux migrants

Le lendemain matin, la police était à proximité du BCMO lorsque des bénévoles de Salam sont venus apporter du thé à la trentaine de migrants présents. Leur prise? un « butin » de trois tentes.

Un groupe de migrants devant le BCMO dimanche 24 janvier, au moment de la distribution du thé

Claire Debuyser

29 décembre 2009

Les fantômes de Calais

Des grues et des immenses conteneurs découpent le paysage. Aux pieds de ces géants de fer, des ombres passent. Ce soir encore, les migrants hanteront le port de Calais. Eux n’ont pas pu rejoindre l’Angleterre. Pas encore. Alors ils se rendent à la distribution mise en place par l’association Salam. Dans la file, quelques bousculades, mais surtout des boutades avec les bénévoles.  

 

Sans un mot, j’observe la scène. Je n’ose pas encore aller vers eux. J’irai les voir après le repas, une fois les estomacs rassasiés et les esprits alertes pour répondre aux questions d’une étudiante en journalisme. Mais très vite, c’est eux qui viennent à moi. « Tu parles Français », me dit l’un d’eux par-dessus mon épaule. Dans la pénombre, je vois à peine son visage. Son Français est très approximatif. Je comprends qu’il est Afghan et âgé d’une vingtaine d’année. Je n’en saurai pas plus, la conversation s’arrête là.

Mais peu importe après tout. Pendant de longues minutes, il reste planter là.. rien qu’à m’observer. Dans son regard, je devine beaucoup plus qu’il ne m’apprendra jamais par la parole. La dureté de celui qui a vu la guerre, la fatigue du migrant après des semaines de voyages, la faim du SDF, la peur du clandestin traqué par la police. Mais aussi, le désir de séduction du jeune homme et la curiosité de l’étranger envers une jeune française. Ses yeux ne m’en diront pas plus ce soir, car ses amis l’appellent. Il doit rentrer avec eux dans unes des nouvelles  »jungles » de Calais.

Le lendemain, je retourne à la distribution. De nouvelles têtes ont fait leur apparition dans la file. Ils sont si nombreux que j’ai du mal à retrouver ceux avec qui j’ai parlé la veille. Les bénévoles m’apprennent que certains sont passés en Angleterre. Mais ça n’est pas le cas de Gonoewez, l’Afghan aux yeux qui vous racontent tout. Cette fois encore, c’est lui qui m’a trouvée. Je décide alors d’immortaliser son regard à travers une photo.  

Lydie Marlin

15 décembre 2009

Un charter pour l’Afghanistan semble imminent

C’est peut-être ce soir que neuf Afghans seront renvoyés par la France dans leur pays. Une soixantaine de personnes ont protesté hier contre ces expulsions, devant le centre de rétention de Coquelles (Pas-de-Calais), et plusieurs organisations d’aide aux migrants et personnalités politiques de gauche (telle que l’euro-députée Europe Ecologie Hélène Flautre) ont dénoncé ces retours forcés dans un pays en guerre; en vain semble-t-il. « A partir du moment où le premier charter est parti pour l’Afghanistan, ça devient encore plus difficile d’empêcher les autres« , déplore Sylvie Copyans, bénévole de Salam, à Calais.

D’après Thomas Prouteau, journaliste à RTL, un vol groupé franco-britannique va bien décoller ce mardi soir avec des clandestins afghans à son bord. Le vol est prévu à 22h30 au départ de Roissy-Charles-de-Gaulle avec une petite dizaine de migrants en situation irrégulière. Invité sur cette radio à confirmer ces expulsions, Claude Guéant a répondu: « Il y en aura sans doute dans les jours qui viennent. » L’Etat afghan n’a pourtant pas délivré de laissez-passer, nécessaires à tout renvoi dans le pays d’origine.

C.D.

13 décembre 2009

Un nouveau charter pour l’Afghanistan?

Depuis samedi, la Cimade sonne l’alerte et appelle à la mobilisation. D’après cette association, pour l’instant seule habilitée à intervenir dans les centres de rétention, un nouveau charter serait prévu mardi 15 décembre pour l’Afghanistan. Les Afghans concernés sont tous dans des centres de rétention situés dans le Nord: neuf à Coquelles (Pas-de-Calais), et deux à Lille.

Le 21 octobre dernier, un premier avion commun à l’Angleterre et à la France avait décollé pour Kaboul, avec vingt-sept Afghans à son bord, dont trois expulsés par la France. Leur demande d’asile avait été refusée par l’Ofpra. Les associations et plusieurs personnalités politiques (telle que Martine Aubry) avaient alors parlé du « charter de la honte ». Malgré la condamnation de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, opposé aux expulsions vers ce pays en guerre, Eric Besson serait donc sur le point de récidiver.

Cette fois-ci aucune certitude sur le fait que le charter prévu mardi soit un vol commun avec l’Angleterre. Pour l’heure, la Cimade a demandé au premier ministre François Fillon, via un communiqué,  d’intervenir « pour bloquer ces renvois ». Les associations de soutien aux migrants se mobilisent, particulièrement dans le Nord-Pas-de-Calais où les étrangers cherchant à passer en Angleterre ou demandeurs d’asile se comptent toujours par centaines, malgré le démantèlement de la « jungle » à Calais, le 22 septembre.

Claire Debuyser

18 novembre 2009

Dépasser les clichés dans les médias

  Immigrés=banlieues=violence, c’est une des équations récurrentes dans les médias depuis les années 1980.  Alors, comment changer les représentations que  les journaux donnent des immigrés? Comment couvrir l’immigration sans tomber dans les clichés? Ces questions étaient au coeur des débats de la conférence « Covering Immigration » organisée par la French-American Foundation ce week-end à Paris.

« Aux Etats-Unis, les questions d’immigration et d’intégration sont entendues comme faisant partie d’un processus. En France, c’est une perspective totalement différente. On traite l’immigration en termes de citoyenneté et d’identité nationale », analyse Susan Sachs, correspondante pour le quotidien canadien The Globe&Mail et professeur à Sciences Po Paris.

Il suffit d’ouvrir les pages des journaux, pour constater que l’immigration est souvent traitée en France comme un problème. Résultat: on se concentre sur des questions symboliques comme le sentiment d’être Français, ou encore la part de travailleurs sans-papiers.  Et on oublie de parler des autres : l’écrasante majorité des immigrés arrivés légalement sur le territoire. Ainsi, on ne traite jamais des avantages économiques et culturels que l’immigration peut apporter au pays d’acceuil.

Une des pistes pour expliquer cette différence de traitement réside peut-être dans les méthodes de travail des journalistes.

  •  Comme la plupart de ses confrères nord-américains, Susan Sachs fait appel à des « fixeurs » de la communauté étrangère. Journalistes du Bondy Blog et membres du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) lui ont par exemple déjà servi de guides pour ses reportages en banlieues.

 

  • Côté Français, on se refuse à utiliser des intermédiaires. Cécilia Garzon, journaliste au Figaro, se rend en banlieue toute seule…mais discrètement. La première fois qu’elle a dû entrer dans la Cité des 3 000 à Aulnay-sous-Bois, elle s’est fait passer pour « une étudiante brésilienne qui préparait un livre sur la banlieue ». Elle justifie son mensonge par la mauvaise image des journalistes dans les banlieues:

  » Il y a tellement d’agressivité envers que les médias que ça devient très dur de travailler là-bas, il faut sans arrêt entrer dans un travail d’explication avec les gens. Si j’avais été d’un journal de gauche, ça aurait été exactement la même chose. »

S’il est sincère et courageux, son témoignage pose néanmoins quelques questions. « Ca n’est pas éthique! », ont lancé certains confrères lors de la conférence.

  • Alors, des deux méthodes, la nord-américaine est-elle celle que l’on doit préférer? Peut-être. Certes, les « intermédiaires » ont toujours un certain point de vue sur la réalité, ils montrent au journaliste ce qu’ils ont envie de lui faire voir. Mais, comme le souligne Susan Sachs, si le  journaliste en est conscient et qu’il croise ses sources, alors la déontologie sera respectée.

Lydie Marlin

12 novembre 2009

Le festival migrant’scène: deux semaines pour échanger sur les migrations

Le festival Migrant’scène de la Cimade débutera samedi 14 novembre. Pendant deux semaines, l’association propose des « regards croisés sur les migrations » à travers des témoignages, des conférences, du théâtre, de la danse…

Ce festival existe depuis dix  ans dans la région Sud-Ouest et depuis quatre ans en Ile-de-France. Il est désormais national, et si le programme se veut cohérent, chaque région aborde des thématiques qui la concernent plus directement. Ainsi l’Ile-de-France, région qui accueille le plus de réfugiés politiques, consacrera une large place au droit d’asile.

C.D.

12 novembre 2009

Régularisation des travailleurs: Delanoë écrit à Fillon

Bertrand Delanoë, le maire de Paris (PS), a écrit mardi au Premier ministre François Fillon, pour lui demander d’« assouplir les conditions de régularisation des travailleurs sans-papiers », dont 5000, selon lui, sont en grève dans la capitale.

7 novembre 2009

Travailleuses et mamans sans-papiers

Depuis trois semaines, les piquets de grève des travailleurs sans-papiers se multiplient en Ile-de-France. On estime le nombre de grévistes à 4 600. Parmi-eux, de nouveaux visages, ceux des femmes. Reportage de Lydie Marlin et Maïla Mendy.

1 novembre 2009

L’ immigration, une chance pour le développement des pays du Nord

L’immigration est souvent perçue en France comme un problème. Les immigrés manquent d’intégration plaident certains, il n’y a pas assez de travail pour tous et on ne peut pas accueillir toute la misère du monde diront d’autres. Les politiques répressives du gouvernement incitent d’ailleurs à penser en ce sens. « La France cible des passeurs », répète à l’envi Eric Besson pour justifier le renvoi des migrants afghans dans leur pays en guerre. Le discours est si bien rodé que nos oreilles ne font même plus la différence entre clandestins, demandeurs d’asile, réfugiés et immigrés. Le cliché d’une « invasion » est bien tenace. 

Des idées reçues que tente de déconstruire le Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) les Nations-Unies dans son rapport 2009 intitulé « Lever les barrières : mobilité et développement humains ».

 Il montre d’abord que les migrations Sud-Nord sont minoritaires. Si chaque année, « plus de 5 millions de personnes franchissent des frontières internationales pour aller vivre dans un pays développé, ils sont bien davantage à migrer vers un pays en développement ou à se déplacer dans leur propre pays ».

 La migration profite même au pays d’accueil. « Il n’existe aucune preuve d’impacts négatifs de l’immigration sur l’économie, le marché du travail ou le budget, alors que les bénéfices ne sont plus à démontrer dans des domaines comme la diversité sociale et la capacité d’innovation. ». L’immigration, affirme le rapport, accroît l’emploi, et à court terme, la croissance démographique augmente le PIB réel par habitant. Elle sera même nécessaire sous l’effet du vieillissement démographique : la population en âge de travailler va fondre de 23% entre 2010 et 2050 en Europe.

 Voilà des arguments de poids pour faire évoluer les consciences et peut-être un jour, espérons-le, changer les politiques anti-migratoires.

L.M. (avec Le Monde)